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Rencontre avec Zerolex pour parler de son single Lignes

15 sept.
6 min de lecture
Zerolex © Alexandre Bichard
Zerolex © Alexandre Bichard

À l’occasion de la sortie de Lignes, Zerolex revient sur la création de ce nouveau morceau, pensé en lien avec le spectacle de Noémie Deumié, son parcours musical, ses dix années d’évolution depuis M.I.L.D. et ses futurs projets.


Lignes est à la fois le titre de ton nouveau single, de ton prochain album et celui du spectacle pour lequel tu as composé la musique. Comment est née cette rencontre avec le projet de Noémie Deumié ?


Zerolex : Noémie, on s’est rencontrés en janvier 2025, lors de la Biennale Internationale des Arts du Cirque. C’était la première représentation du spectacle Amours avec lequel je tourne actuellement, donc elle a pu découvrir mon travail. Elle était à la recherche d’une personne pour composer la musique de son spectacle et, comme tu peux le constater aujourd’hui, nos échanges ont été fructueux puisque la première représentation de Lignes aura lieu début novembre, quelques jours après la sortie de l’album.


Quand tu arrives sur un projet de cirque comme celui-ci, comment travailles-tu avec le mouvement, les corps et l’espace ? Est-ce que tu composes d’abord pour des images ou est-ce que la musique trouve son chemin indépendamment ?


Sur Lignes, j’ai commencé par faire des recherches chez moi en amont : des textures, des mélodies, des pistes très brutes, comme des pense-bêtes pour garder en tête des idées, des couleurs. Le plus gros du travail se fait en résidence, au plateau. C’est-à-dire qu’on est ensemble et qu’on échange sur les envies, les besoins. On tente et on adapte les propositions en direct.


Le spectacle parle notamment de confiance, d’amitié, de liens et de ce qui se construit au fil du temps. Est-ce que ces thématiques ont influencé directement ta manière d’aborder la musique ?


Oui, clairement. Quand je débarque dans une création comme celle-ci, dont l’écriture a déjà commencé, j’ai besoin de temps pour saisir ce qui se joue, m’imprégner du propos, de l’univers, digérer tout ça et le retranscrire à ma manière.


À l’écoute de Lignes, on retrouve quelque chose de très organique, avec des motifs qui semblent se répéter, évoluer et se transformer. Comment as-tu travaillé cette idée de mouvement ?


Le principe de ce morceau, c’est un enchevêtrement de pistes d’arpèges, qui se croisent, se répondent, se développent. J’ai pris plaisir à « disséquer » un peu les différentes pistes dans un réel, pour réaliser comment la boucle principale est conçue. Cette idée de mouvement est directement influencée par le concept technique du spectacle, de cette fine « ligne » de tissu qui se transforme petit à petit sous nos yeux jusqu’à devenir une véritable scénographie qui va former plusieurs paysages tout au long du spectacle.


Tu as souvent exploré les frontières entre beatmaking, musique électronique, hip-hop, jazz et musique expérimentale. Où situes-tu Lignes dans ton parcours ?


C’est important pour moi de ne pas me cantonner à une seule esthétique, en effet. Je situe Lignes dans une suite « logique » de mon parcours : un projet qui condense à la fois mon goût pour la musique électronique downtempo, mélodique, mais aussi des facettes plus expérimentales avec certaines pistes assumées très ambient. Aussi, je suis content de pouvoir penser la musique autrement que pour la performance en concert. J’étais un peu arrivé au bout de cette approche avec Zerolex Trio ou Matsutake et le spectacle vivant m’offre une vraie liberté de ce point de vue.


Est-ce que composer pour un spectacle vivant change ta manière de penser la structure d’un morceau ? La musique doit-elle parfois accepter de ne pas être au premier plan ?


C’est tout à fait juste, la musique n’est pas le personnage principal, même si son rôle est important pour la couleur globale. Il faut étendre le temps d’une autre manière, penser les silences… D’ailleurs, les musiques du disque ont été réarrangées pour l’écoute. Le single Confiance radicale, par exemple, est deux ou trois fois plus long sur le spectacle ! L’album regroupe également des recherches qui n’ont pas été retenues ou des morceaux qui sont diffusés dans une forme partielle, sans la rythmique, par exemple.


Tu avais déjà travaillé sur des projets mêlant musique et spectacle vivant. Qu’est-ce que Lignes t’a permis d’explorer que tu n’avais encore jamais tenté musicalement ?


Oui, Lignes fait partie des quatre spectacles pour lesquels j’ai composé la bande-son, depuis 2022/2023.

Ça m’a permis d’explorer de nouvelles approches, d’une part car la porte était ouverte chez Noémie et aussi car les conditions le permettaient : le fait d’avoir des lieux de résidence qui nous accueillent et des temps de création qui sont rémunérés, c’est un vrai privilège et ça représente beaucoup de travail en amont.


Cet album arrive dix ans après M.I.L.D.. Forcément, beaucoup de choses ont changé entre ces deux projets. Quand tu réécoutes aujourd’hui tes productions de 2016, qu’est-ce que tu entends de différent par rapport à ce que tu fais maintenant ?


Mes oreilles ont pris dix ans aussi, alors je ne suis pas certain d’entendre mieux, en tout cas !

Non, je dirais que je porte plus attention au mixage et que j’ai gagné (j’espère) en précision sur ce point. Mais au-delà du son et de la technique, je crois que c’est surtout en termes de liberté artistique que ça se joue. J’ai le sentiment d’assumer plus facilement certains choix et d’avoir moins d’attentes sur la réception.

Je suppose qu’on appelle ça la maturité ?


Tu as également sorti Capsules en début d’année, un projet qui renouait avec tes racines de beatmaker et faisait notamment intervenir trois rappeurs américains. Comment ces différentes facettes de ton travail se répondent-elles aujourd’hui ?


Capsules, ça a été un peu une cour de récréation. J’avais ces morceaux-là dans mes tiroirs et je savais que si je ne me motivais pas, ils allaient prendre la poussière et ne jamais sortir. Alors, le moteur, ça a été de solliciter ces rappeurs et surtout cette rappeuse, Tanajah, avec qui l’échange a été le plus humain.

D’ailleurs, on commence à bien la connaître au sein du label Les Disques du Crochet puisqu’elle a également collaboré avec Flow-er et Zo plus récemment. (Life is a bitch , Kween)


Tu es aussi derrière Les Disques du Crochet, label bisontin qui défend notamment une scène locale assez éclectique. Quelle place cette dimension collective occupe-t-elle encore dans ton travail aujourd’hui ?


C’est clairement le projet auquel je dédie la plupart de mon temps libre (on est constitués en association). Aujourd’hui, le catalogue commence à ressembler à quelque chose et j’en suis très fier ! Cet espace, cette vitrine, permet de créer du lien, on échange beaucoup entre nous, et ça donne envie de continuer à créer et à trouver les moyens pour le faire. Avec le temps, c’est aussi vraiment plaisant d’essayer de se mettre au service des autres, j’aime bien ce rôle.


Tu viens de Besançon, est-ce que tu as le sentiment que cette scène a influencé ta manière de faire de la musique ?


Clairement. C’est notamment grâce à des gens comme Miqi O, Zo, YoggyOne – que l’on retrouve au sein de Grand Singe aujourd’hui – que j’ai trouvé les outils qui me plaisaient et une certaine approche de la production, très axée sur le beatmaking, la synthèse. C’est vraiment une génération qui nous a donné envie et qui nous a accompagnés (je me permets de parler au nom d’un certain nombre, qui se reconnaîtront, pour beaucoup issus du collectif La Boocle).


Le morceau s’appelle Lignes. Si tu devais dessiner la ligne de ton parcours musical depuis tes débuts en 2011 jusqu’à aujourd’hui, elle ressemblerait à quoi ?


Une ligne qui monte, qui monte, qui chute, qui fait des zigzags, qui remonte, qui revient en arrière, qui tourne en rond, qui remonte, qui rechute, qui remonte ?

Je pense que dans la création et le parcours professionnel d’un.e artiste, la dent de scie est inévitable !


Ton prochain album sortira sous la forme d’un disque vinyle limité et numéroté. Est-ce que l’objet physique garde une importance particulière pour toi à l’heure du streaming ?


Oui, pour plein de raisons : l’esthétique, la durabilité, la qualité, le geste, le temps qu’on prend pour écouter un disque…

Sur Lignes, l’album a été pensé pour que plusieurs morceaux se tuilent les uns sur les autres. Il y a un récit, une continuité. Sortir un album pensé comme une compilation de singles, ça n’a aucun sens pour moi. La loi du streaming, les règles de l’algorithme, le partage des revenus, tout ça pose énormément de questions… Alors il est toujours bon de rappeler que, même si vous écoutez votre artiste indé préféré en boucle sur une plateforme, lui acheter un disque ou un tee-shirt l’aidera beaucoup plus.


Après Lignes, qu’est-ce que tu as envie de continuer à explorer ? Est-ce que tu te projettes déjà vers un nouveau terrain de jeu ?


Oui, je travaille actuellement sur l’écriture et la mise en scène de mon premier spectacle, autour de l’univers de Pierre Chiffonnier, un de mes alter-egos. Je me tourne cette fois vers le théâtre d’objet et la marionnette. Je viens de monter la compagnie Château Chiffon pour porter à bien ce projet et je vais bientôt commencer la production. Je continue à composer entre tout ça.

En exclusivité pour Fin Bien, je vais sortir deux morceaux en featuring avec Étienne Jaumet, certainement d’ici la fin de l’année !


On remercie Jérémy pour le temps qu’il nous a consacré et pour l'exclusivité Fin Bien très appréciable 😉




 
 
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